Le « Non », le trouble fait de la parentalité

La parentalité est faite de dogmes. Et dogmes divergent d’ailleurs. Parmi ceux-ci il y en a un qui est mis en avant actuellement. Celui du « non », source de toutes les frustrations, et sachez qu’il est incompris par notre cerveau(1).

En matière d’éducation, il y a ce que je nomme « la culture du non ». On le trouve d’ailleurs référence en matière de gestion d’entreprise dans un article parlant de différence culturel :

De prime abord, je dirais que la culture du non est facilement acceptable dans les pays anglo-saxons. Les individus en ont l’habitude parce qu’ils ont appris, de par leur éducation, à dire ce qu’ils pensent. Donc, dire non c’est savoir ce que l’on veut. En revanche, dans les pays méditerranéens, la culture du non est moins apparente. Au Maroc, par exemple, Il y a toujours cette notion d’«inchallah», de «je vais le faire»… qui cache au fond un refus non exprimé ouvertement. Il n’existe pas non plus d’explication à ce refus parce qu’il y a la peur d’être mal compris ou mal jugé, d’arriver à un conflit ouvert. (Allene, 2005)

Il y a beaucoup de chose dérangeante dans cet extrait. La partie sur le « non » qui entre dans l’éducation à du sens. Et, je n’adhère pas au propos suivant qui dit que le non, c’est savoir ce qu’on veut. Car soyons honnête, les enfants usant et abusant de non à certaines période de leur vie nous apprennent que c’est aussi un terme reflexe.

Le non et les négations sont les vilains petits canards de l’éducation.  Reprenons les propos d’Isabelle Filliozat

Isabelle Filliozat : Notre culture est si imprégnée de ces croyances et de ces habitudes de réaction qu’il me parait illusoire de se débarrasser de ces idées une bonne fois pour toutes. Nous avons à être vigilants sur cette tendance à interpréter les comportements des enfants comme dirigés contre nous. Mais au fur et à mesure que les informations scientifiques sur le fonctionnement du cerveau de l’enfant seront diffusées, je pense que cela changera radicalement notre perspective. Nos interprétations nous permettent de donner du sens à des réactions que nous ne comprenons pas. Or, Les neurosciences explorent le cerveau de l’enfant comme jamais avant. Nous n’en sommes plus réduits à devoir interpréter, nous pouvons décoder.

NON ! Les interdits, frustrations et limites que nous donnons à l’enfant ne lui donnent pas un sentiment sécurité. Et ne lui donnent pas non plus les « bonnes » bases de la socialisation. Passons sur cette connotation morale « bonnes » bases, ceci est le dada de la psychanalyse (française) avec sa théorie des pulsions qui a fait tant de mal à l’éducation des enfants.

Ce qui donne le sentiment de sécurité aux enfants, c’est l’attachement, l’attention du parent à ses besoins, le respect, etc… c’est aussi la liberté, les permissions et les consignes qui aident à savoir comment faire ceci ou cela en toute sécurité. Les seules limites qui donnent de la sécurité sont celles de l’enfant. Il se sent en sécurité si nous lui enseignons qu’il a des limites et qu’il a le droit de les faire respecter par ses frères et sœurs, par les gens, et même par nous. » Ton corps est à toi, et si ce qu’on te fait te fait non à l’intérieur, tu as le droit de dire Stop. », « Ce stylo est à toi et si tu ne veux pas que ta petite sœur joue avec, tu as le droit de le mettre sur cette étagère en hauteur ».

Un interdit est toujours dangereux parce que le cerveau de l’enfant est un cerveau humain, c’est à dire avec un lobe frontal qui veut diriger ses propres comportements (donc risque de mobiliser de la rébellion). De plus, il est formulé en négatif le plus souvent et donne donc une mauvaise direction au cerveau de l’enfant.

Qu’est ce qui donne le plus de sécurité : “Il est interdit de courir sur la chaussée. Tu dois me donner la main en traversant.” Ou “Tu peux marcher et courir sur le trottoir, sur la chaussée, tu marches en me tenant la main.” ?

Il suffit de sentir le léger stress que nous éprouvons tous, les humains, lorsqu’on nous donne un ordre ou un interdit pour vérifier que cela ne nous met pas du tout en sécurité.

Rythme cardiaque accéléré = peur

Rythme cardiaque ralenti = sentiment de sécurité

A noter aussi : la liberté donne davantage de sécurité que les limites. Est-ce que je me sens plus en sécurité si je dois lever le doigt pour demander la permission d’aller faire pipi ? Ou si je sais que j’ai la liberté d’aller faire pipi quand j’en ai besoin parce que c’est un besoin naturel, et que la consigne est que je préviens la classe et j’emmène avoir moi un copain ?

La sécurité, le plaisir, sont des conséquences de la satisfaction des besoins d’attachement et de liberté. Plaisir, sont des conséquences de la satisfaction des besoins d’attachement et de liberté. (Filliozat, 2013)

Il y a dans ce texte des choses qui ont du sens. C’est d’ailleurs pour cela qu’une théorie séduit les gens. C’est parce que dedans. J’avoue déjà avoir du mal avec les arguments comme quoi la science doit être notre référence pour les outils de l’éducation, quand on parle en même temps d’émotion. Je trouve  cela au mieux dérangeant. La science, les études apporte certes du mieux, mais ce n’est pas une raison pour la mettre en parangon éducatif. Bien au contraire. La science à ses limites. Et c’est une bonne chose.  Je ne vais pas « tout » commenter de cette citation. J’ai des tas de choses à dire. Je vais me concentrer sur le sujet du jour  le oui et le non.

Dans l’article sur la culture du viol, j’ai évoqué que le « non » est souvent réinterpréter. Avec l’idée que le non n’entend pas le cerveau on a une belle excuse. Mais surtout, ici, on nous invite à ne pas exposer l’enfant au non. L’enfant sera un jour un adulte responsable de ses actes devant la loi. Si on ne lui donne pas le sens du « non », du « oui ». Que lui donne-t-on ?

Le non sans le oui, n’a pas de sens, autant que  le oui sans le non n’a pas de sens. Madame Filliozat propose en cas de transgression des interdits familiaux de positiver le bazar. L’enfant vidant la nourriture du chat par terre… Il faut rentre ca positif pour lui apprendre à ne plus faire une transgression « Comment on va pouvoir aider le chat à manger du coup ? ». Au final, elle nous propose la  « la culture du oui »

Là encore, il y a du bon. Mais ce n’est pas parce que dans le mouvement Matricien y a du bon, que le truc est propre 😉

Les interdits font partie de la vie de l’enfant, de l’adulte, de l’humain. De « Tu ne tueras point » à « la ceinture est obligatoire en voiture », le monde est fait de chose que l’on peut faire ou pas. La loi souvent nous dit que si nous faisons un acte non autorisé, nous serons punis. Par conséquence le reste est autorisé.

Je suis bien d’accord que l’attachement sécurise l’enfant. Mais le non, ne l’insécurise pas parce que le non est aussi une ligne de sécurité des relation humaine. La vie à un cadre. Nous dire que le cerveau ne le comprend pas et considéré l’enfant comme trop inapte à apprendre … C’est surtout ne pas préparer au vivre ensemble.

J’ai choisi une autre option parentale, l’authenticité. Je dis « non », je dis « oui ». Mes enfants quand ne savent pas si leur projet d’activité est « ok » (soit  à  ce moment-là, soit en générale) me demande.  L’absence de consentement ne veut pas dire « oui ».

Je trouve donc le point de vue de Madame Filliozat à dire aux enfants ce qu’il peut faire, que son corps est à lui, etc… Super. Elle n’est pas innovante. Elle est juste plus médiatisée.

Il y a juste ce petit arriéré gout. On Interdit de non,  on doit poser les limites « autrement ». On ne prépare pas l’humain à vivre avec ce « non ». Et cela n’est pas pour une histoire de culture sociale, loin de là. Mais pour vivre ensemble.

Et si on apprenait à nos enfants à vivre ensemble ?  Qu’on ne fasse pas un tabou des mots. Qu’on guide nos enfants. Que le « non » soit compris , car quand nos enfant seront grand il sera important dans leur vie active que si le partenaire dit « non », il ne soit pas négocier dans le sexe. Il ne soit pas remis en cause, mis au banc.

Le non, le oui, pour vivre ensemble et si on ne sait pas, on demande. N’est-ce pas plus juste ? Arrêtons de justifier cela parce que « le cerveau n’entend pas ». Il est merveilleux notre cerveau. Il apprend ! Il doit apprendre ce non, pas parce que ça va le frustrer, mais parce qu’il vit avec des autres humain.

Interdire le non, en faire un tabou, n’est-ce pas les prémices de la culture du viol et de toute les transgressions du vivre ensemble d’ailleurs? La culture du viol s’insinue dès l’enfance. Et justement la bienveillance(*), c’est aussi préparer nos enfants à vivre ensemble, à être des adultes qui écoutent l’autre, et accepte ce qu’il dit, ses limites. Car « oui, mon corps m’appartient » … Mais je ne lis pas « le corps de l’autre n’est pas a ma disposition » . Ce genre de chose s’applique aussi aux bagarres… 😉

Alors « non je ne veux pas que tu tète là mon chérie ». J’ose le dire. J’ai des garçons. Je  veux qu’il entende le non, qu’il l’apprenne, qu’ils le disent, qu’ils le reçoivent. Qu’ils apprennent que « non, c’est non », point.

Et puis a force de réfléchir à tout ce qu’on dit, comment on le dit, on ne communique plus avec nos enfants : « “Il est interdit de courir sur la chaussée. Tu dois me donner la main en traversant.” Ou “Tu peux marcher et courir sur le trottoir, sur la chaussée, tu marches en me tenant la main.” ? » (Filliozat, 2013), Avouez, la 2ième est surement séduisantes. Mais penser à tout ce qu’on dit, devenir le bon petit manuel vivant des bonnes phrases, bonjour l’image et la pression sur le parent.

Comme dans tout, je vous l’ai dit, chez moi ou ailleurs, y a du bon à prendre mais pas en parole d’évangile. A vos réflexions. En voici déjà une des mienne en matière de parentalité.

 

Références de cet article

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